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Le Journal du Sud-Vienne

CHRONIQUES HISTORIQUES DU PAYS CIVRAISIEN

Canton de Civray-Charroux

CHRONIQUES HISTORIQUES DU PAYS CIVRAISIEN

À lire une page d’histoire de Rodolphe Debenest-Tillet

À lire une page d’histoire de  Rodolphe Debenest-Tillet

La vie d’une famille de paysans en 1685 chez les Perreau de Marigné

En pays civraisien, le territoire du village de Marigné a eu la particularité de s’étendre sur trois communes, Saint-Pierre d’Éxideuil, Blanzay et Savigné. Cette situation s’explique par l’histoire de la localité, réunion aujourd’hui de trois hameaux différents et d’un fief à l’origine. Ainsi au cours des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècle, nous trouvons, outre Marigné sur Saint-Pierre d’Éxideuil et Savigné, le logis noble des Marquets constituant la partie Blanzay ; les villages de Bois de Jean (devenu Chez Pissard) et Chez Texereau se situent côté Savigné.

À la fin du XVIIᵉ siècle, le hameau de Chez Texereau est constitué de quelques maisons et deux fermes d’une certaine importance ; il est fort probable que le toponyme dérive du patronyme d’une famille de marchands et propriétaires terriens de Marigné, les Texereau. En 1685, l’une des deux métairies de Chez Texereau est possédée par Jeanne Texereau, fille d’Hillaire Texereau ; ce dernier est à l’origine de la fortune familiale, tant immobilière que pécuniaire ; après son décès en 1678, sa fille Jeanne hérite de ses biens au village de Chez Texereau ; elle loue la ferme à une famille de paysans, les Perreau. Un renouvellement de bail est conclu le 4 mars 1685 devant le notaire Surreau pour une durée de 7 ans à « Vincent Perreau laboureur, Jeanne Bouchet sa femme, Pierre et Jean Perreau enfants aussi laboureurs et Marie et Mathurine Pineaux leurs femmes ». Trois couples de laboureurs, parents et enfants mariés cohabitent et travaillent ensemble à la métairie de Chez Texereau. Le contrat de fermage montre l’ampleur du labeur incombant à ces travailleurs de la terre, les innombrables travaux et tâches s’égrenant tout au long de l’année et minutieusement énumérés sur l’acte notarié ; par ailleurs de multiples obligations échoient aux métayers.

Un travail détaillé

La ferme consiste en « bâtiments charrières… prés bois terres labourables et non labourables » ; l’ensemble devra être géré par « les preneurs en bon père de famille » et précise-t-on, « sans rien démolir » formule d’usage à cette époque. Du matériel agricole est mis à disposition des paysans, ainsi « 4 bœufs d’Arrée garnis de joues et jouilles appréciées à la somme de 263L, 2 charrettes appréciées à la somme de 80L, une jument avec une poulaine appréciées à la somme de 80L ». Un équipement d’une certaine valeur somme toute (plus de 400L) et que seuls des propriétaires aisés étaient en mesure de fournir. Chez Texereau, les deux activités principales des Perreau sont la culture de céréales et l’élevage.

Des labours aux moissons, les travaux sont détaillés. Il est demandé aux métayers « de bien et convenablement labourer, cultiver, fumer, et ensemencer les terres… sarcler et nettoyer les bleds, et iceux venus à maturité, les amasser et serrer dans la grange de ladite métairie, iceux battre, nettoyer et épucer ». Les récoltes sont partagées à « moitié fruits ». Il est précisé que les Perreau peuvent se servir sur le monceau commun de céréales, pour leur « nourriture », à hauteur de 5 boiceaux, seigle, mesture, baillarge. Pour ce qui est de l’élevage, nos paysans gèrent un cheptel de « soixante chefs de brebis tant mâles que femelles », ainsi que des « pourceaux » (porcs). Pour la nourriture du bétail, les Perreau ont à disposition « les prés et pradelles dont ils ont accoutumé jouir », les pâturaux aux Gervais, ou encore la plante de Chez Texereau.

Terres en location

Ces terres non-labourables et vouées à l’élevage sont louées pour le prix de 35 L payable à la Saint-Michel, somme à laquelle il faut ajouter de « menus suffrages, 4 chapons, 4 oisons, 6 poulets, 2 poules, 3 douzaines d’œufs, une douzaine et demie de fromages, payables les œufs à Pâques, les poulets à la Saint Jean, et le reste à la Saint Michel ».

D’autres obligations, divers et variées, sont liées à l’entretien du domaine ; les Perreau doivent régulièrement veiller à l’état des murs et couvertures des bâtiments et procéder eux-mêmes aux réparations si nécessaire, entretenir les « murailles à pierre sèche » ceinturant la métairie et les pièces de terre, relever les fossés, tailler haies et buissons, et « planter en domaine de ladite métairie, deux douzaines d’arbres fruitiers ». Cependant ils ont interdiction de profiter de la châtaigneraie plantée sur la propriété : « les châtaigneraies que ledit bailleur a accoutumé jouir et où les preneurs n’ont accoutumé rien prendre » ; le fruit de cet arbre, très nourrissant, était pourtant une aubaine en temps de disette.

Ainsi se déroulait la vie des Perreau, comme celle de tant d’autres paysans, parvenus malgré tout au statut de métayers, signe d’une petite réussite sociale, mais au prix d’un labeur quotidien, acharné et sans doute éreintant.

Rodolphe Debenest-Tillet

Sources : minutes notariales série 4E (Archives départementales de la Vienne)

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